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Mercredi 20 août, 11 heures 30, à Kaboul. Les soldats blessés dans l'embuscade où dix de leurs camarades sont morts l'avant-veille, ont été rapatriés au principal camp militaire français en Afghanistan. Devant l'entrée de l'hôpital de campagne, installés sur un petit banc et quelques chaises, six rescapés de la section du 8e régiment de parachutistes de l'infanterie de marine (RPIMa), qui a subi l'essentielle des pertes, fument leur cigarette blottis les uns contre les autres.
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Certains ont le bras relié à une sonde ambulatoire, mais tous sont valides. L'un d'eux, resté près des assaillants pendant douze heures, porte les stigmates des combats sur le visage. Non loin de là, sur la place d'armes, les régiments, deux ministres et une délégation officielle, écoutent l'allocution de Nicolas Sarkozy venu justifier la présence militaire de la France dans ce pays et montrer qu'il assume l'envoi, cet été, de nouvelles troupes.
Directement plongés dans la guerre après un an et trois mois de formation, les rescapés ne comptent déjà plus que sur eux-mêmes. "Nos chefs sont passés nous voir avec le président, lâche l'un d'eux, les cheveux ras et le bras couvert d'un tatouage, ils ont donné leur version et c'est celle-là qui restera. (...) Mais nous, poursuit-il, on était sous le col et on pense qu'on a été lâchés et qu'on s'est fait baiser ; ils nous ont laissés là-haut tout seuls pendant des heures."
Ces témoignages seront minimisés par le ministre de annonce maroc la défense, Hervé Morin, et par le chef d'état-major des armées, qui arguent de "la fragilité psychologique" des blessés. L'état-major assure, par la voix du sous-chef "opérations", le général Benoît Puga, qu'"aucune erreur de commandement" n'a été commise, et donc "aucune enquête n'a été diligentée".
Au coeur du mois d'août, la France a redécouvert, en Afghanistan, le vrai visage de la guerre, dans un pays qui n'en est pas sorti depuis trente ans. Plus inquiétant, ces dix morts illustrent la force retrouvée des insurgés talibans et pose aux pays engagés dans la force de l'OTAN la question des risques d'enlisement en Afghanistan.
Chargé de la capitale et de sa région, à l'écart jusqu'en 2007 des opérations de la rébellion talibane, les Français avaient été relativement épargnés. Cette réalité appartient annonce maroc désormais au passé. Le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a prévenu que l'engagement de la France risquait de coûter d'autres vies. "Les Français doivent comprendre que nous sommes confrontés à une nouvelle forme d'opération commando, plus structurée, aidée par le Pakistan, qui vise à l'encerclement de la capitale, comme les insurgés l'ont toujours fait chez nous depuis le XIXe siècle", explique Homayoun Tandar, adjoint au conseiller à la sécurité nationale du président afghan, Hamid Karzaï.
Pour le moment, l'armée française veut comprendre ce qui s'est passé ce 18 août. Les rares soldats et officiers autorisés à s'exprimer parlent du "devoir accompli". Le général Benoît Puga a même estimé, le 28 août, qu'il s'agissait d'une "opération réussie". L'institution militaire dispose des conclusions d'une enquête de la gendarmerie - tenues confidentielles "pour ne pas informer l'ennemi", explique le ministère de la défense - qui livre une vision plus nuancée. Ces investigations ont été mal perçues par les troupes. "Alors qu'on venait juste de perdre des copains, les gendarmes sont venus nous voir, comme des flics, se plaint un officier. Ils nous ont demandé de nous justifier, pourquoi on avait fait ceci et pas cela, ils nous ont convoqués plusieurs fois, c'est mal passé."
Les questions des enquêteurs ont porté sur les "conditions d'engagement" de la section du 8e RPIMa prise au piège. "Ils voulaient savoir, détaille le même officier, si le commandement n'avait pas laissé la section s'éloigner trop loin de sa base d'appui au regard du manque de renseignements et de l'absence de couverture aérienne."
Le Monde a pu avoir accès à certains éléments de cette enquête. Ils tendent à confirmer la version des blessés. La section du 8e RPIMa, bloquée sous le col, n'a reçu de renforts que trois à quatre heures après les premiers tirs. Les insurgés ont été en mesure de tirer entre cinq heures et demie et six heures d'affilée sans être interrompus par les forces de la coalition. La question du temps de réaction constitue un "trou noir" au sein du dispositif de l'OTAN, estime un officier à Kaboul.
Le matin du 18 août, lorsque le convoi quitte le poste avancé de Tora, dans le district de Saroubi, à 50 km de Kaboul, la mission n'est pas nouvelle. Depuis le début du mois, les Français, qui ont pris le contrôle de la région après les Italiens, reconquièrent méthodiquement une zone abandonnée aux insurgés. Le commandement français entend démontrer à ses alliés son savoir-faire. S'appuyant sur des troupes annonce maroc parachutistes d'élite, il envoie chaque jour ses hommes explorer une vallée, un village, un col. La progression se fait en véhicules de l'avant blindés (VAB), puis à pied. Les moyens aériens sont mutualisés entre les forces de l'OTAN, Français et Canadiens sont tributaires des moyens aériens américains. Les missions de reconnaissance françaises n'étant pas considérées comme prioritaires, le support aérien n'est prévu ce jour-là qu'en cas de secours. Les seuls hélicoptères français attachés aux forces spéciales, deux Caracal, ont été affectés à d'autres tâches par l'OTAN. Ils ne seront envoyés que trois heures après le début des tirs.
Le convoi est composé d'une section du 8e RPIMa, de deux sections de l'Armée nationale afghane (ANA), d'une unité du régiment de marche du Tchad (RMT) et de forces spéciales américaines chargées de guider si nécessaire des frappes aériennes. Seule la section du 8e RPIMa progresse annonce maroc sur le chemin du col, dans un premier temps à bord de leurs VAB, puis à pied. Les insurgés ouvrent le feu simultanément sur les soldats du 8e RPIMa, trop éloignés pour revenir à leurs véhicules, et sur leurs huit camarades restés au niveau des VAB.
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